Après Charlie, quel Islam pour la France ?

islam france
Par Julien F.

 

Quel Islam pour la France ? Un vif questionnement depuis les attentats de janvier, un chantier toujours en suspens…

L’Islam de France, ou l’islam en France, ne cesse de défrayer les chroniques : entre peur du radicalisme liée aux récents actes terroristes – des attentats de Charlie Hebdo et de la supérette casher de Porte de Vincennes au dernier attentat de l’Isère dont la nature djihadiste du crime n’est pas confirmée mais la méthode rappelle directement celle de l’Etat Islamique – et l’échos qu’a Daech jusque dans les foyers les plus intégrés ; entre l’incroyable augmentation supposée des conversions confirmée par la Mosquée de Paris mais contesté par les autorités religieuses d’Alsace alors que 30% d’augmentation avait été annoncées ? et l’islamophobie montante ; en passant par l’engagement croissant pour le jihad islamique et les velléités politiques de contrôler l’Islam de France tantôt pour séduire l’électorat qui a peur du radicalisme islamique, tantôt à des fins de clientélisme avec les musulmans.

La Nuit du Ramadan et l’arbre de Noël face à la laïcité

Cette année comme chaque année depuis 2001, la Mairie de Paris organise sa Nuit du Ramadan, une soirée festive donnée à la Mairie de Paris par Anne Hidalgo en présence de Dalil Boubakeur, le Recteur de la Grande Mosquée de Paris. Cet événement interroge certains citoyens dont Madeleine de Jessey, secrétaire nationale à l’UMP en charge des programmes de formation qui s’étonne que les musulmans considèrent cela comme naturel alors que la crèche de noël les dérange. Elle demande dans un article du Figaro: « Comment les Français peuvent encore croire au bien-fondé d’une laïcité à géométrie variable, appliquée selon les intérêts clientélistes de chacun » ?

Passons le débat, le Ramadan est une période relativement calme en terme d’actualités concernant les musulmans de France sauf pour des questions d’ordre théologique n’intéressant que très partiellement l’opinion publique. Ainsi a été la problématique du calendrier du Ramadan sur laquelle les différents représentants ne s’accordent pas comme souvent…

1/ Pour le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), encadrant la Mosquée de Paris, il faut observer le premier croissant de Lune comme recommandé par Mahomet pour savoir quel jour démarre la période de jeûne.
2/ L’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) quant à elle souhaite utiliser le calcul astronomique pour prévoir la date à l’avance, comme c’est le cas en Turquie.

Cette question apparemment sans importance en dehors du cadre théologique – et dont le résultat est le même – témoigne de profondes rivalités au sein des représentations musulmanes françaises.

Mais qui sont les représentants de l’ « Islam de France » ? Pourquoi s’opposent-ils et qui représentent-ils ?

Le CFCM a été fondé en 2003 par Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur afin de faire le pont entre la communauté musulmane de France et le pouvoir politique français. Sous influence des salafistes algériens à l’ère de Boubakeur, tel que l’indique le journal La Croix dans son article du 11 juin 2014 ; le CFCM est passé sous influence marocaine après une bataille de chapelle et la victoire du président du Rassemblement des Musulmans de France (RMF).

Anouar Kbibech en est le nouveau président depuis le 1er juillet 2015. La légitimité du CFCM est incessamment remise en cause par les musulmans eux-mêmes. Nous avons pu l’observer récemment, lorsque ses dirigeants ont été montrés du doigt pour avoir participé à la réunion de travail sur l’Islam organisée récemment par Nicolas Sarkozy. L’UOIF, qui se trouve être l’autre grande association représentative des musulmans de France a accusé les cadres de CFCM d’accréditer la stigmatisation à l’égard des musulmans.

L’UOIF a été créée en 1983 via le rassemblement de plusieurs associations françaises préexistantes et est issue des frères musulmans maghrébins. Aujourd’hui l’UOIF est connu pour être la branche française des Frères Musulmans, même si personne en son sein ne l’admet. Pour Samir Amghar, spécialiste des Frères musulmans cité par Le Nouvel Obs dans un article du 11 février 2015, « il y a une culture du secret » comme chez les francs-maçons, et pour cause… son objectif est de faire évoluer le paysage politique, social et culturel français pour qu’il s’adapte à l’Islam. L’article cite également Farid Abdelkrim qui, après avoir passé 15 ans au sein de l’organisation, avoue : « Quand j’étais prédicateur et zélateur acharné, ma démarche était de pousser les jeunes musulmans de ce pays à devenir une force politique pour peser sur les décisions et défendre nos revendications, parmi lesquelles ont pouvait trouver le port du voile ou la construction de mosquées. »

En somme, les Frères musulmans maghrébins dépendent de la même organisation que les Frères musulmans égyptiens, qui ne cachent pas eux leur orthopraxie et qui ont pour but ultime l’instauration de la Charia comme Loi suprême partout dans le monde. Salafistes et Frères musulmans ont des fondements communs, même si le premier est très antérieur au second. A l’origine comme en France, leur rivalité les pousse tantôt à s’opposer et tantôt à s’allier.

La centralisation de l’Islam en France souhaitée par tous les partis politiques
C’est notamment pour contrecarrer ces luttes de pouvoir et contrôler la teneur des discours que l’ensemble des dirigeants français souhaite créer un islam centralisé. Nous avons rappelé précédemment la première réunion de travail du parti Les Républicains, présidé par Nicolas Sarkozy, qui avait pour objectif de réaliser une journée de travail sur l’Islam de France et qui s’est finalement terminé en un rendez-vous à huis clos entre le CFCM et le président du nouveau parti.

Du côté du Gouvernement, Manuel Valls a organisé le même mois de juin 2015 la première instance de dialogue avec l’Islam de France. Craignant le discours des Frères musulmans, il souhaite le combattre. Pour lui, «C’est souvent l’antichambre de la radicalisation, et la radicalisation, elle peut conduire au terrorisme», comme il l’a déclaré le 28 juin 2015 au micro d’Europe 1. S’il ne nomme pas l’UOIF, le président François Hollande est plus direct ; il dit sans détour « “Les autorités veulent reprendre en main le dossier de l’Islam de France et Valls adresse là un message aux institutions musulmanes en ciblant l’UOIF »

Ainsi, entre salafisme et Frères Musulmans, les représentants actuels de l’Islam de France posent bien question.