Ecoles privées musulmanes, une véritable option ?

Averroès
Par Valérie G.

En France, les élèves scolarisés dans le secteur privé (toutes tendances confondues) représentent environ 17% avec 13.5% pour les écoliers et 21% pour les collégiens et lycéens (chiffres de 2012).
Ces enfants sont répartis sur environ 9 000 établissements catholiques qui accueillent deux millions d’élèves, 280 écoles, collèges et lycées pour la communauté juive qui scolarisent environ 30 000 enfants et enfin 36 d’établissements privés musulmans qui scolarisent environ 3 000 élèves.

 

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Sur les 36 écoles privées musulmanes, seules 2 sont sous contrat ! Le lycée Averroès à Lille, et le groupe scolaire Al-Kindi dans la banlieue lyonnaise.
A titre de comparaison, la confession juive gère environ 300 établissements scolaires privés en France, dont 130 sous contrat avec l’Etat. Pour la confession chrétienne, le nombre de ‘Hors-contrat’ est infime.

 

Sous contrat ou Hors contrat ?

L’argent est le nerf de la guerre. La première difficulté que rencontrent les écoles privées musulmanes est le financement, et pour cela, l’objectif numéro un est de passer un contrat d’association avec l’Etat. Les établissements hors contrat ne peuvent obtenir de financements publics, et les salaires de leurs enseignants ne sont pas payés par l’Etat. Ces établissements» doivent donc s’autofinancer et, pour cela, réclamer des frais de scolarité aux familles et des dons à la communauté.
Pour être « sous contrat », une école doit s’engager à accueillir tous les enfants sans distinction et, en contrepartie, l’État rémunère les enseignants. L’établissement doit avoir fait la preuve de sa qualité pendant au moins cinq ans. Avant cela, il ne peut prétendre à aucune aide.

Prenons la première école privée musulmane de France “Réussite”, collège-lycée d’Aubervilliers qui opère depuis la rentrée scolaire 2001. Dans les meilleures années, il avait une moyenne de 150 élèves. Aujourd’hui, 14 ans après, il n’a plus que 4 classes et 35 élèves… et affiche une dette de 800 000 euros car elle n’est pas parvenue à devenir ‘sous contrat’.

L’option privée est coûteuse pour les parents (toutes confessions confondues) : entre 60 euros et 800 euros par élève et par mois, et plus souvent atour des 1 500 euros, Les tarifs sont libres et dépendent de l’école. Certaines calculent le prix en fonction des revenus des familles, d’autres ont des prix fixes. Mais ne recevant pas d’aide de l’état, elles doivent faire face aux frais immobiliers et entretien et surtout aux coûts des salaires, seules.
Pour exemples, l’école irakienne de Paris coute autour de 1200 euros par mois et le groupe scolaire Al-Kindi de Décines, dans la banlieue nord-est de Lyon affiche des tarifs entre 1 400 et 1 600 € par an au collège, 1 600 et 1 800 € au lycée.
Slimane Bousanna président l’Institut de formation de Saint-Quentin explique : « Un élève de collège coûte, selon les chiffres de l’éducation nationale, 7 000 € dans le public. Dans un projet comme le nôtre, le coût de sa scolarité s’élève à 3 800 €, dont la moitié est prise en charge par les familles. Un contrat d’association avec l’État nous permettra de sortir de ces difficultés, mais il signera aussi la reconnaissance par l’État de notre participation au service public d’éducation ».
Passer un contrat d’association avec l’Etat veut dire accueillir les enfants sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyance et se conformer à un programme. Les enseignants sont soumis aux mêmes contrôles pédagogiques que pour le public, par les inspecteurs de l’Education Nationale. Les écoles hors contrat sont en revanche beaucoup plus autonomes dans l’organisation et la manière de dispenser leur enseignement. Pourquoi les établissements de confession musulmane ne parviennent pas à passer ce fameux contrat qu’ils recherchent tant ?

La création de la FNEM

La communauté musulmane (près de cinq millions de fidèles) cherche à développer son enseignement confessionnel. C’est dans ce but qu’a été créé récemment la FNEM (fédération Nationale de l’Enseignement Musulman), pour aider les établissements à se créer, à survivre, et à étendre l’enseignement de l’islam. Et l’aide est principalement financière. Affiliée à l’UOIF, affiliée aux Frères musulmans, la FNEM sait chercher des dons de mécènes du Golfe ou de nébuleuses européennes des Frères musulmans.
Des subventions sont allouées par des ONG contrôlées par l’Arabie saoudite et dont les cadres sont issus de la mouvance des Frères musulmans. Plusieurs fois dans l’année, souvent pendant la période du pèlerinage à la Mecque, des responsables de l’UOIF se rendent au Moyen-Orient pour solliciter de riches donateurs. L’Etat français refuse d’accorder à la plupart des projets un contrat, évoquant des raisons sécuritaires, hygiéniques, et le contenu des programmes islamiques.
Pourtant, suite aux attentats de ce début d’année, le gouvernement de François Hollande a déclaré qu’il inciterait les établissements musulmans à passer sous contrat. L’idée est d’éviter que des fondamentalistes y promeuvent des idées contraires à la loi et incitent à la violence.
Les écoles primaires, collèges et lycées musulmans arriveront-ils à relever le défi et respecter le contrat ? Non-discrimination des élèves de toutes religions, respect des directives pédagogiques ?

 
Sources :

– www.education.gouv.fr
– http://3millions7.com/2015/05/24/ecoles-musulmanes-en-france-attention-sujet-sensible
– www.la-croix.com/Actualite/France/Les-ecoles-privees-musulmanes-rencontrent-un-fort-succes-_EP_-2012-01-12-757013

– http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/03/19/31003-20150319ARTFIG00142-ecoles-musulmanes-pourquoi-le-sous-contrat-n-est-pas-la-solution.php