L’enseignement privé musulman: une demande croissante

ecole islam
Par Valérie G.

L’enseignement privé musulman, quasi inexistant il y a une vingtaine d’années, est au centre de l’intérêt de la communauté musulmane aujourd’hui. Depuis la loi du 15 mars 2004 interdisant le port de signes religieux ostentatoires dans l’école publique, mais aussi face aux défis que traverse l’école laïque en France, voient le jour des écoles maternelles, primaires des collèges et lycées. Sous la volonté avouée d’uniformiser la pensée musulmane dès l’enfance, ces projets d’enseignement sont porteurs de l’idéologie qui s’inspire en grande partie de la doctrine des Frères musulmans européens.
La FNEM (Fédération de l’Enseignement Musulman), qui a mis en place un annuaire des établissements privés, dénombre 26 Ecoles Maternelles et primaires ainsi que 9 Collèges ou lycées. De nombreux projets peinent à voir le jour pour des raisons économiques, l’Etat français ne finançant qu’un nombre infime de ces institutions.

La majorité des écoles musulmanes sont agréées, mais ne sont pas sous contrat d’association avec l’Etat. Elles ne bénéficient donc d’aucunes subventions. Pour obtenir le contrat d’association, il faut tout d’abord justifier de cinq ans d’activité en tant qu’école agréée, condition à laquelle très peu d’écoles musulmanes répondent à ce jour.

 

Une demande exponentielle

 

Essentiellement, trois établissements sont associés à l’Etat : le premier depuis 1947 à Saint Denis de La Réunion, l’école primaire La Medersa avec 220 élèves. Le second, le lycée Averroès de Lille sous contrat depuis 2008, avec plus de 330 élèves et l’ouverture du collège en 2001 dont le directeur adjoint, Makhlouf Mameche, préside la nouvelle fédération (FNEM). Le troisième, le lycée Al-Kindi à Décines-Charpieu près de Lyon, créé en 2007 sous contrat depuis 2012, avec plus de 100 élèves et son collège depuis 2012.
D’autres établissements d’enseignement sont très populaires, mais ne sont pas sous contrat. Il s’agit du collège-lycée Ibn Khaldoun de Marseille (2008), le collège Education et savoir de Vitry-sur-Seine (2008), du collège Alif de Toulouse ou encore l’école la Plume de Grenoble, l’une des toute premières, apparue en 2001.

Les 9 établissements de collèges-lycées qui ont vu le jour depuis le début des années 2000 accueillent de 100 à plus de 400 élèves, certains faisant face à plus de 1000 demandes par an, comme Al-Kindi ou Averroès.

Pour permettre l’existence d’écoles musulmanes lorsqu’elles ne reçoivent pas d’aides de l’état, il faut des fonds de dotation. C’est la mission d’Oumma School qui a pour objet le financement exclusif des établissements scolaires privés de confession musulmane hors contrats. Un autre fond de dotation, moins important et qui ne finance pas exclusivement des projets éducatif est le FSMP (fond de solidarité musulman de Provence).

Les attentats du 11 janvier ont remis la question du passage sous contrat des écoles de confession musulmane sur la table. En effet, l’Etat envisage inciter ces établissements à passer sous contrat pour « éviter que des fondamentalistes y promeuvent des idées contraires à la loi et incitent à la violence ». D’un autre côté, passer sous contrat des établissements implique leur apporter des financements publics importants, ce qui facilitera leur multiplication. La politique d’admission des élèves des établissements sous contrat ne les empêchera pas de devenir des ghettos communautaristes, et on ne peut être sûr si le programme (sous contrat) est effectivement respecté dans les faits, ni connaître le contenu précis des cours pour vérifier qu’il n’incite pas à la haine. En effet, les cours de religion ou de civilisation islamique ne sont pas inspectés, car ils correspondent au «caractère propre» de ces établissements, et se font, dans la majorité, en arabe.

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Le Figaro 20-03-2015 « Écoles musulmanes : pourquoi le «sous contrat» n’est pas la solution » www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/03/19/31003-20150319ARTFIG00142-ecoles-musulmanes-pourquoi-le-sous-contrat-n-est-pas-la-solution.php