Déconstruire l’idéologie de l’Etat Islamique en France

lycée Columbine
Par Jade L.

 

Pour Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’islam, l’Etat islamique tire plus de l’éclosion d’un «immense fantasme» que d’une véritable idéologie politique. Contrairement à ce que beaucoup d’analystes ou le public et les medias peuvent le penser, l’Etat islamique, selon Olivier Roy est un épiphénomène qui révèle une crise profonde des cultures en Orient comme en Occident.

 

Les propos d’Olivier Roy sont en partie rassurants. En effet, si l’Etat islamique reste l’expression d’un immense fantasme, d’un monde imaginaire, il va indubitablement se faire battre. Cela ne nous dispense pas de lutter activement contre ce groupe en Syrie et sur notre territoire mais il faut garder à l’esprit l’étroitesse et les limites de ce mouvement.

 

Le culte de la radicalité

 

Concernant les citoyens français transformés en pions de l’Etat Islamique sur le territoire de la République, il faut également analyser le chemin qu’ils empruntent et en dresser des profils types dans le but de pouvoir lutter contre la radicalisation de façon effective.

 

A cet égard, on peut dire aujourd’hui que les personnes concernées sont des marginaux, mal intégrés dans la communauté musulmane, souvent convertis. Jusqu’à présent, il s’agissait d’individus isolés, maintenant, on trouve des familles. Des fratries. Ce fait est très significatif. Il y aussi un phénomène de féminisation de l’islam qui va à l’encontre de ses fondements anthropologiques. Cela relève des symptômes de la crise que l’islam traverse, selon Olivier Roy. Le nombre de convertis est aussi un signe de cette crise : 20 à 25% des djihadistes sont des convertis, ce qui est loin d’être négligeable.

 

Autre élément intéressant de la pensée d’Olivier Roy, il explique que, mis à part le fait que les terroristes tuent, il n’y a pas de différence entre un humanitaire et un djihadiste. Le propos parait choquant a priori, mais allons plus loin. Olivier Roy parle, pour ces deux cas, de militants d’un monde global, des nomades, souvent déracinés.

 

Selon lui, si on veut réellement comprendre l’enrôlement des djihadistes, il faut regarder du côté de la fusillade du lycée de Columbine, vers ces jeunes gens qui se perdent dans une même violence autodestructrice. En Orient comme en Occident, il existe une jeunesse fascinée par ce nihilisme suicidaire. L’islam donne une dimension globale, mystique, un nom à une cause.

 

L’Etat Islamique puise dans un réservoir de jeunes Français (et européens) radicalisés qui sont déjà entrés en dissidence et « cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle ».
La clef de la pensée d’Olivier Roy tient en cette phrase : « Les jeunes Européens radicalisés « ne deviennent pas radicaux parce qu’on leur enseignait l’islam radical. Ils vont chercher l’islam radical parce qu’ils veulent du radical »

 

Trouver de véritables représentants de l’islam de France

 

Afin de lutter contre le djihadisme, sur notre terrain, Olivier Roy préconise de changer les figures, les modèles de l’islam de France, et cela passe par la figure de l’imam. Selon lui, il faut se tourner vers des musulmans français de deuxième ou troisième génération pour l’imamat plutôt que d’accueillir des recrues étrangères.

 

« A mon sens, la solution vient encore une fois des classes moyennes d’origine musulmane : il faut puiser dans ce vivier et cesser d’importer des imams immigrés. C’est un processus qui s’inscrit dans le long terme, mais, théologiquement, l’Eglise catholique a mis un siècle à s’adapter à la laïcité. Les seules réponses de court terme sont soit policières soit strictement politiques. Pour l’avenir, l’élément essentiel, c’est cette montée en puissance d’une bourgeoisie d’origine musulmane qui pourra alors financer elle-même l’islam de France ; de même, tôt ou tard, on verra apparaître de vrais théologiens réformateurs, alors que le discours de la réforme est tenu aujourd’hui par des agnostiques ou des athées qui n’ont pas de légitimité religieuse et laissent ainsi le champ libre aux salafistes. »

 

Olivier Roy avance que l’UOIF ou le CFCM ne sont pas l’expression de la base musulmane, mais une construction politique destinée à verrouiller la représentation de l’islam en France : « Le problème, c’est que nos dirigeants rêvent d’un Etat qui dirige le religieux, sur le modèle de Napoléon organisant le Consistoire israélite en 1807. Sauf que ce modèle n’est ni républicain, ni démocratique, ni laïque. La contradiction profonde est là. Nous sommes une République laïque qui fonctionne sur un imaginaire bonapartiste et gallican. »

 

Il faut travailler à une “notabilisation” de la représentation musulmane et faire aussi émerger des figures d’identification positive.

 

 

Sources :

– http://www.liberation.fr/planete/2014/10/03/le-jihad-est-aujourd-hui-la-seule-cause-sur-le-marche_1114269

– http://www.atlantico.fr/decryptage/france-et-etat-islamique-deux-ennemis-qui-se-declarent-guerre-mais-qui-ont-ni-ni-autre-moyens-mener-et-est-pas-cause-que-faisons-2449226.html#rbR7DSBclUq5Xf1g.99

– http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150619.OBS1157/olivier-roy-il-faut-cesser-d-importer-des-imams-immigres.html

– http://www.rts.ch/info/monde/7290164-vouloir-deradicaliser-les-djihadistes-est-absurde-selon-olivier-roy.html