La Charia, compatible avec la République ?

Charia
Par Amélie V.

Que savons-nous de la Charia ?

La Charia est ce qui compose les différentes normes doctrinales, sociales, culturelles et relationnelles, commandées par la « Révélation ». Dans le contexte religieux, le terme Charia signifie « chemin pour respecter la loi de Dieu ». L’usage a donc voulu que les occidentaux utilisent ce terme dans le sens de “loi islamique”.
A travers la Charia, le musulman connaît tous les principes concernant les aspects publics, privés, ainsi que les interactions sociétales.
Au sein du Coran, nous trouvons le terme Charia et ses dérivés char’ ainsi que chir’ah, décrits comme la voie à suivre par les musulmans :
« Juge alors parmi eux d’après ce qu’Allah a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, et prends garde qu’ils ne tentent de t’éloigner d’une partie de ce qu’Allah t’a révélé. Et puis, s’ils refusent (le jugement révélé), sache qu’Allah veut les affliger [ici-bas] pour une partie de leurs péchés. Beaucoup de gens, certes, sont des pervers » Sourate 5, verset 49.
De plus, il faut savoir que la Charia a été révélée aux musulmans sur une période de 23 ans concordant à la durée de la prophétie. De ce fait, elle est considérée comme une voie immuable dans le sens où elle représente l’ensemble des normes. Ainsi, l’ijtihad, qui représente l’effort d’interprétation, permet aux savants de pour conceptualiser et adapter les normes en harmonie avec les sources établies.
C’est au XIIIe siècle qu’un théologien musulman salafi, Ibn Taymiya, propose la vision des traditionalistes. En effet, à travers ses écrits, il cherche à donner une nouvelle formule au concept de la Charia et à exhorter les valeurs religieuses. On peut comprendre au sein de ses ouvrages que pour lui, la Charia est un concept complet qui inclut la vérité spirituelle des soufis (hagiga), la vérité rationnelle (aql) des philosophes et des théologiens, ainsi que la loi.
La Charia devient donc, pour les traditionalistes, ce qui rend la loi possible et juste.
En revanche, Ibn Taymiya n’a pas provoqué de mouvement massif, et son influence est restée limitée au cercle de ses seuls disciples.

C’est depuis le début du XIXe siècle que la majorité des Etats, dont la plus grande communauté est musulmane, ont mis en place des systèmes judiciaires séculaires et centralisés, pour certains, inspirés des systèmes européens.
Nathan Brown, professeur en sciences politiques et affaires étrangères, a affirmé qu’on ne peut savoir à quel point la Charia était appliquée dans ces pays auparavant.
Il note aussi que l’évolution de la place de la Charia au sein des sociétés musulmanes dites « modernes » a au fil du temps redéfini les relations entre la Charia et l’Etat (XIX-XXe siècles) à majorité musulmane.
Ces nouvelles réformes ont mené à la réduction du sens du mot Charia face à la loi.

La Charia et les Frères musulmans

Ainsi, au cours des années 1930, les premières critiques des systèmes légaux et judiciaires sur le modèle européen voient le jour. En effet, certains penseurs égyptiens estiment que l’Égypte ne peut être appropriée aux lois françaises au niveau culturel. Mais cette critique qui, au départ, se voulait modérée, et voyait une certaine ouverture d’esprit et une volonté de discussion, a été reprise par Abd al-Qadir ‘Awda, idéologue des Frères musulmans, qui a affirmé que les musulmans doivent absolument ignorer et combattre les lois contraires à la Charia.

Les choses évoluent donc très rapidement à partir de ce moment-là, dans les années 1960, les appels à l’application de la Charia deviennent le centre des revendications de mouvements islamistes de toutes origines. La Charia n’est donc plus considérée comme un ensemble de pratiques et d’institutions mais comme un ensemble de lois codifiées dans lequel on peut juger le caractère islamique d’une société ou d’un système politique.

La Charia et les plus modérés

En revanche, selon une « autre école », la Charia est incompatible avec le principe même de démocratie dans le sens où elle est fixe et non évolutive. Ils estiment qu’elle s’impose aux hommes contrairement aux règles démocratiques dont la discussion, l’ouverture et le vote sont les éléments principaux.
Il est vrai que même si les principes de la Charia se disent modérés, il devient compliqué pour certains de comprendre comment ils peuvent être en adéquation avec la République et la Démocratie tant qu’ils continuent de promouvoir la lapidation des femmes adultères, l’amputation des voleurs, la séquestration des femmes et le droit de les battre.
Alain Wagner, lors d’une conférence affirme que cet ensemble est malheureusement insécable dans le sens où les obligations liées à des prescriptions faites par le prophète, dans le cas contraire, si elles ne sont pas respectées, l’apostasie est de mise.

Comme l’explique certains chercheurs et enseignant, les Frères musulmans forment un mouvement islamiste réformiste fondé par Hassan al Banna en 1928, en Egypte, peu après l’effondrement de l’Empire Ottoman. De ce fait, la confrérie prône une conquête du pouvoir politique par le bas. Leur but est de mettre en place un Etat islamique afin d’y installer la Charia dans de nombreux pays, y compris en Occident.

Pour terminer, lors d’une interview, Mohamed Talbi, islamologie et historien tunisien, considéré comme un ardent défenseur de la laïcité et de l’intentionnalité, tout en livrant un combat acharné contre les « déslamisés » ou ceux qui osent remettre en question la véracité du Coran, explique pour quelle raison il a crée l’Association Internationale des Musulmans Coraniques.
Il y explique que son but est de rénover la pensée musulmane après des siècles de stagnation qui firent de l’islam une religion incompatible avec la modernité. Il continue en expliquant que les entraves qui empêchent le musulman du XXIe siècle de devenir citoyen moderne, obéissant aux lois de la République, se trouvent dans la Charia, formulée au Ixe siècle et figée jusqu’à ce jour. « Notre Association proclame l’abolition de la Charia, l’adhésion à la laïcité neutralité de l’Etat, parfaitement compatible avec le Coran, lu d’une lecture dynamique dans son intentionnalité, une lecture que nous définissons comme vectorielle et sans cesse progressiste dans le sens de la Hidâya, c’est-à-dire de guidance de l’éclairage coranique. »

« Sans la Charia, un musulman peut vivre partout sur Terre, en parfaite harmonie avec le Coran et sa conscience, en obéissant aux lois de la cité. » dit-il au journaliste de Mondafrique.