L’art du double langage, la palme d’or à Amar Lasfar

Amar Lasfar

 

Cet article a été écrit et publié à la veille des attentats du vendredi 13 novembre qui ont ensanglanté la capitale lumière… Ce goût amer que laissent ces mots aux touches prémonitoires.

 

Double langage, manœuvres politiques, pouvoir et influence grandissante sur le monde musulman français, présentation d’un homme aux intentions pas si “républicaines”.
“Nous aimons notre Dieu, nous aimons notre prophète, mais aussi la République française”.
Amar Lasfar s’est retrouvé sans voix lorsque le journaliste d’Europe 1 s’est attardé sur la terminologie utilisée lors d’une interview à la radio. Quelques secondes de flou artistique, longues et sans fin pour Mr Lasfar interrogé sur son utilisation de la conjonction “mais”. “Et aussi la République”, a-t-il rectifié.

 

Les personnalités médiatiques comme Lasfar aiment à se donner en public, et multiplient à l’envi les interviews, des centaines voire des milliers de fois.
Des erreurs de temps en temps sont certes inévitables, mais celle de Lasfar est au contraire très révélatrice.
Tout en prônant un “Liberté, égalité, fraternité”, main dans la main avec les politiques et embrassant en surface l’idéologie dominante, Lasfar ne peut s’empêcher de lâcher des lapsus, laissant entrevoir la face cachée de l’iceberg.
Amar Lasfar est le président de l’UOIF (Union des organisations islamistes de France) depuis juin 2013. Il est surtout à la tête de l’école musulmane la plus importante de France, le collège-lycée Averroès. Ses activités dans la communauté musulmane en France ont débuté dans les années 80.
Au premier coup d’oeil, le curriculum vitae de Lasfar laisse à penser qu’il s’agit d’un homme simple, qui ne fait que prendre soin de la communauté musulmane en France.

 

Aimer la République au détriment de celle-ci

 

Une personne de son acabit, écoutée par ses pairs, devrait en faire des tonnes sur son amour pour la République.
En effet, Lasfar dit aimer la République, mais malheureusement pas pour les bonnes raisons.
Aux lendemains de Charlie Hebdo, si notre homme a condamné les attentats, il s’est empressé aussi de s’attaquer à la couverture de l’exemplaire de Charlie en l’honneur des victimes, sur laquelle l’on pouvait voir Mahomet et le slogan “tout est pardonné”.
«Tout sera pardonné ? J’espère que tout sera pardonné. Mais j’aurais bien aimé qu’on agisse autrement, que l’on fasse passer la pédagogie autrement, le respect avant. Bon. »

 

Et de poursuivre : « D’un côté je vais appeler les musulmans à conserver leur sang-froid, à ne pas répondre à la provocation, mais cela reste toujours quelque chose d’offensant pour tous les musulmans de France et du monde ».
Dans une autre entrevue radio sur le même sujet, il rappelle que la France n’a pas de loi contre le blasphème, et que la question des “limites” à imposer à la liberté d’expression se pose.
Or dans un pays comme la France où la laïcité trône au-dessus de tout, que nos symboles les plus fondamentaux sont tachés du sang de la République, que des dizaines d’innocents ont été assassinés de sang-froid, des représentants comme Lasfar devraient être les pionniers de la condamnation. Mais nous sommes bien loin de cela.
De son côté, le Mufti de Marseille, Soheib Bencheikh soulève un point essentiel. Outre sa bataille contre la loi d’interdiction du port du voile – son cheval de bataille – Lasfar a affirmé dans le passé que “l’islam et la laïcité ne se regarderont jamais dans les yeux”.
Amar Lasfar voit dans la laïcité française un terrain fertile pour la communauté musulmane et l’expansion de la charia, de ceci qu’il voit le concept de laïcité comme la liberté totale d’expression de chaque religion.

 

Etre un Frère musulman en France en 2015

 

Double langage. Lasfar est un maître dans l’art du double langage. En l’occurrence, il utilise tantôt l’arabe, tantôt le français, et s’adresse ici aux journalistes non-musulmans, là à ses confrères sur les rives méditerranéennes.
“Etre Frère musulman, c’est appartenir à une organisation en Egypte, en Syrie ou en Jordanie. Il n’y a pas de Frères musulmans ici en France”, a récemment déclaré Lasfar au journal Libération le 06.04.2015.

 

Pourtant, un autre de ses “lapsus” n’a pas échappé récemment au journaliste de “France Maghreb 2″ en décembre 2014. Lasfar déclare entre deux questions que l’UOIF est bien la filiale française de l’organisation internationale des Frères musulmans.
Interrogé sur l’origine de l’UOIF, de l’institution, et sur l’ajout de cette “Union” à la liste des organisations terroristes des Emirats arabes unis, Lasfar a avoué : “Être un frère musulman aujourd’hui n’est pas un crime, c’est une opinion. Il y a la pensée des Frères musulmans, partagée au-delà des frontières (en Egypte, Syrie…) mais chaque pays se dote de son organisation, en France c’est l’Union des organisations islamiques de France. Bien sûr nous adhérons à un certain nombre d’idées de ce mouvement… Nos décisions sont prises à Paris mais nous nous coordonnons avec des groupes islamistes de l’est et de l’ouest. Considéré qu’être proche d’une école réformatrice comme les frères musulmans est un délit, personne ne peut admettre ce genre de chose”.

 

Si aujourd’hui Lasfar et l’organisation des Frères musulmans ne sont pas armés dans l’hexagone, et qu’ils ne contrôlent pas (encore) la flotte aérienne, les troupes, les chars et d’infanterie, leur arme principale, la parole, est des plus dangereuses. Intellectuels, instruits et imprégnés des valeurs occidentales qu’ils savent manier et instrumentaliser avec brio, les Frères musulmans ont pour objectif final de fonder un Etat islamique, selon plusieurs phases de conquête de l’Occident préétablies dans leur charte personnelle.

Cette idéologie-là, Lasfar ne la dévoile pas en français, mais bien en arabe. Dans une vidéo de 1994 il rapporte que la nation islamique est le concept supérieur de l’existence, et qu’il manque aujourd’hui de vrais disciples de l’islam comme au temps de Mahomet. Il y admet également que parmi les multiples factions de l’islam, il appartient à celle des Frères musulmans, auxquels il se réfère comme d’un exemple de démocratie, qu’il faudrait appliquer en Occident. Lasfar y met en évidence la nécessité de la charia, seule voie possible chez les musulmans, qui ne peuvent pas vivre sous un régime démocratique.

L’islam de la charia est l’alternative unique et nécessaire à la démocratie selon Lasfar, qui s’y emploiera, avec ses collègues, si ce n’est par la force armée, ce saura par la voie lente et silencieuse, mais tout aussi efficace qu’un attentat djihadiste.

 

Ariane Savestre et Maxime Dubois