L’IESH et la formation des imams de France

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Par la Rédaction

 

L’Institut Européen des Sciences Humaines est un établissement d’enseignement supérieur privé pour les musulmans âgés de plus de 18 ans spécialisé dans l’enseignement de la théologie musulmane et la langue arabe dans le but de former des imams qui maitrisent les sciences humaines ainsi que les sciences islamiques.

Cet institut parrainé par l’UOIF veut offrir aux jeunes étudiants le partage des valeurs des Frères Musulmans.

Actuellement, il existe deux établissements en France. Le premier « IESH Château-Chinon », est basé dans la commune voisine de Saint-Léger-de-Fougeret, à Nièvre. Ce pensionnat qui accueille les étudiants de toute l’Europe compte environ 300 étudiants. Le second, « IESH Paris », situé à Saint-Denis (93200) accueille quant à lui des étudiants de Paris ainsi que des villes avoisinantes. Ce dernier compte près de 2000 étudiants où sont dispensés des cours et des formations répartis le soir, le week-end.
Se voulant le plus complet possible, l’Institut Européen des Sciences Humaines organise chaque année des cycles de conférences à sujets variés tels que la littérature française et la sociologie appelés le « vendredi de l’IESH » ouvertes au public.
L’institut s’est aussi développé en Angleterre avec deux établissements dont l’un s’appelle « IESH Wales » et l’autre « IESH Birmingham ».

De plus, des séminaires sont souvent organisés dans des domaines plus étendus afin que la formation des imams soit la plus riche possible. Ainsi, les enseignants dispensent des cours sur la connaissance de l’islam et les circonstances de la société ainsi que l’attitude à adopter face à cette réalité.
Des langues de spécialisation sont adoptées et peuvent être choisies entre l’arabe et/ou une autre langue européenne.
Outre une bonne connaissance du Coran, devenir imam semble impliquer un amour des choses simples et une bonne dose de flexibilité. En effet, la concurrence pour l’imamat est internationale, et le salaire des heureux élus, rapporté au nombre d’années d’études, est souvent mince.

Le petit village de tous les espoirs

Château-Chinon, petit village du Morvan. Château-Chinon, commune chargée d’histoire depuis l’époque gauloise jusqu’à l’élection à la présidence de la République de celui qui fut son maire.
Château-Chinon, qui accueille depuis quelques années l’Institut européen des sciences humaines (IESH), a aussi des locaux en région parisienne.
Institut que l’on n’appelle même plus de son nom et de ce fait, les gens ne disent pas : « je vais étudier à l’IESH », mais « je vais étudier à Château-Chinon ».
Ce qui a fait la réputation de Château-Chinon, c’est sans nul doute sa capacité à former des huffadh, des personnes ayant appris la totalité du Coran, avec évidemment les règles de récitation, et parfois selon les variantes de lecture.
Si en France la formation de l’IESH en la matière est reconnue de tous, apprenez qu’il en est de même dans le monde. La Ligue islamique mondiale pour l’apprentissage du Coran avait en effet de décerné un prix à l’IESH déclaré « meilleur institut d’apprentissage du Coran » de l’année 2012.

Le métier d’Imam…

Aucune formation n’a été unanimement désignée par les autorités religieuses, qu’elles soient chiites ou sunnites, pour un métier qui n’est pas considéré comme tel par tout le monde. La formation des imams en France peut amener sur un terrain où les rapports de forces politiques, les obsessions collectives et la géopolitique brouillent les cartes. En effet, le philosophe et l’anthropologue Malek Chebel estime que « la formation des imams est un sujet capital, car ils sont au contact de la population ».
Pour une certaine partie des citoyens de confession musulmane, en particulier la génération des « primo-arrivants » ou des « darons » comme les appelle Gilles Kepel dans « Quatre-vingt treize » (éd. Gallimard, février 2012), être imam reste une fonction attribuée par la communauté de fidèles à l’un d’entre eux. Souvent celui qui connaît – comparativement – le mieux le coran.
Ce n’est pas un métier à proprement parler. « Soit on connaît quelqu’un qui est formé, soit c’est celui qui s’y connaît le mieux qui s’en charge », affirme sans détour l’un des quatre imams bénévoles de la mosquée du Mirail, à Toulouse.
Il révoque l’idée que l’islam implique du « professionnalisme » et préfère le terme de « mission ». « Les imams sont des bénévoles dans la tradition musulmane », abonde Bernard Godard, du Bureau central des cultes du ministère de l’Intérieur.

En revanche, il existe de plus en plus d’imams qui prennent statut d’entrepreneur notamment ceux de la nouvelle génération, qui n’hésitent pas à cumuler les activités pour vivre correctement.
C’est le cas pour Samit T., ancien étudiant à l’Institut européen des sciences humaines (IESH) de Saint-Denis. En effet, il gère une société de transport en plus d’effectuer des remplacements dans la mosquée de la ville où il a grandi.
Tout comme lui, Saber gère une société de transport en plus de ses conférences données dans diverses mosquées d’Ile-de-France : « Je fais aussi un plein temps au conseil général, mais les horaires sont flexibles », ajoute-t-il.

L’apprentissage…

Après trois années d’apprentissage de l’arabe, qui est essentiel afin de comprendre le Coran en version originale, suivent trois années de théologie dans un centre spécialisé tel que l’Institut Al-Ghazali à Paris. En outre, les plus téméraires iront jusqu’à compléter leurs connaissances dans l’une des capitales du savoir islamique, durant trois ans au Caire ou à Médine.
C’est ainsi qu’après un imposant bac+9 en poche, deux solutions s’offrent à eux. La première consiste à travailler à plein temps en tant qu’imam dans une mosquée et espérer gagner un smic. La seconde consiste quant à elle à cumuler la fonction d’imam et celle de directeur de centre islamique, mosquée ou association musulmane et ainsi porter sa rémunération aux alentours de 2000 euros.

Quand les mosquées sont seules

Malgré toutes ces dispositions prises, le directeur de l’IESH de Saint-Denis semble inquiet sur le nombre de mosquées qui recherchent constamment des imams. Cette forte demande place les étudiants en position de force, et laisse les mosquées les moins « attractives » sur le carreau, à l’image de celle de Nantes.
Les célibataires sont les bienvenus également. « Il y a des étudiants qui s’imaginent qu’il suffit de diriger les prières, soit dix minutes à chaque fois, et que c’est tout. Alors qu’en réalité, il faut être disponible 24 heures sur 24 ! » a souligné Abdeslam Hafidi, directeur de l’IESH.
Le médiatique imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, ajoute dans son livre Profession imam (éd. Albin Michel, octobre 2009), que le rôle d’assistant social, de psychologue et de référent familial est bien souvent celui de l’imam. Une mère de famille peut par exemple appeler en pleine nuit au sujet de la dernière crise de son enfant adolescent. Mais ce type d’urgences concerne surtout les personnes arrivées récemment en France, et qui voient en l’imam une personne pouvant soulager leur fragilité.
Des problèmes bien éloignés de leurs prérogatives religieuses. Cette charge de travail hors du commun rebute certains des étudiants, qui envisagent l’imamat comme un métier et non comme un cabinet de conseil.
Pour ce faire, certaines mosquées exigent que les candidats soient célibataires, afin de s’assurer de leur disponibilité pour les raisons présentées ci-dessus. Le temps libre qu’ils pouvaient s’accorder auparavant ne doivent plus servir que pour autrui.

Contrat de travail ?

Comme pour n’importe quel emploi, une fois franchie l’étape de la candidature, l’aspirant imam doit accepter une période d’essai. Pendant une durée qui varie selon la mosquée, il mène certaines prières, et rencontre les fidèles, dans l’espoir d’être accepté par la communauté.
« La plupart des associations qui gèrent les mosquées ne laissent aucune marge de manœuvre à l’imam », disait avec amertume l’ex-étudiant Saber, pour expliquer les réticences de certains étudiants à se lancer à plein temps dans une mosquée.
Il n’est en effet pas rare que la période d’essai se termine sans embauche.
Comme de nombreux secteurs du marché de l’emploi, la concurrence pour devenir imam est internationale. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 150 Turcs, 120 Algériens et 30 Marocains exercent actuellement en tant qu’imams sur le territoire. Comparés aux 2 000 lieux de culte recensés, cela semble dérisoire. En réalité, seuls 600 à 800 imams sont salariés en France, la plupart des lieux de culte désignant un fidèle pour diriger les prières ou se contentant d’employer un imam « freelance » pour les périodes d’affluence comme le mois du ramadan.
Mais l’appel à ces religieux amenés « clés en main », pour une durée de quatre ans, ne se fait pas sans déconvenues. « En ce moment, je suis en litige avec trois imams qui venaient pour ne rien faire » expliquait le directeur de l’association musulmane d’Annecy (Haute-Savoie), lors d’une interview, mettant le doigt sur les problèmes que peuvent créer des imams parfois peu au courant du contexte français et financés directement par les Etats qui les envoient comme la Turquie, l’Algérie et le Maroc.
Certains jeunes imams formés en France se voient aussi proposer des contrats par ces mêmes Etats étrangers.

Former au mieux

Ainsi le mentor, le guide spirituel des étudiants n’est autre qu’Hassan el-Banna, fondateur des frères musulmans qui aspirait à former une nouvelle génération parmi les personnes qui croient aux enseignements de l’Islam authentique, dont le but était, pour chaque musulman, d’éduquer le monde selon les principes de l’Islam. En outre, ces mêmes jeunes ont une arme redoutable : la langue française. En effet, l’imam parfait et recherché serait celui qui connait la langue de ses parents (de plus en plus difficile) et la littérature française. De ce fait, l’IESH aspire à former des imams qui ne sont pas francophones par défaut mais qui est baigné dans les deux cultures et pleinement.
De ce fait, le département des sciences islamiques de l’institut Ibn Taymiyya utilise l’outil e-learning afin de servir un programme au contenu ambitieux. L’objectif est donc de mettre à disposition de l’étudiant francophone des livres de référence en langue arabe qui sont étudiés soit sur l’année scolaire soit sur plusieurs années dans le but de faire découvrir le patrimoine scientifique islamique auquel il n’avait pas accès sans la langue arabe auparavant.
Sur le site officiel de l’IESH, l’objectif affiché de ce programme est de réussir à faire émerger des enseignants chercheurs perpétuels à l’esprit critique et développer afin de transmettre et de former à leur tour.

Pour ce faire, le programme nécessite de 10 heures de cours hebdomadaire et demande un travail personnel d’apprentissage et de révision. Les étudiants peuvent alors suivre les cours de chez eux via une classe virtuelle où un professeur donne cours par visioconférence.

L’ensemble du corps enseignant est composé de professeurs diplômés en sciences islamiques et en langue arabe et peut se prévaloir d’une expérience significative dans l’enseignement. Pour donner quelques exemples de professeurs, nous avons Afif Lattar, diplômé en sciences islamique de l’IESH Château-Chinon, Chauki Lazhar, diplômé en sciences islamiques de l’IESH Château-Chinon, professeur de sciences islamiques en Belgique et a animé divers séminaires d’introduction aux sciences islamiques dans différentes villes de France telles que Dreux et Grasse. Mais aussi, Raouthi Rezali, titulaire d’une ljaza de Coran en lecture Hafs, professeur de Coran à l’IESH paris et membre fondateur de l’IESC (Instance Européenne du Saint Coran), sans oublier le chef de département, Naïm Loucif, diplômé aussi en sciences islamiques de l’IESH Câteau-Chinon, Imam de la mosquée de Sallanches (74) et professeur de langue arable et sciences islamiques au centre de l’Action Islamique.

Puis, parmi la majorité des professeurs de conférences de l’école, il y a des personnalités telles qu’Hani Ramadan, frère de Tariq Ramadan et Nabil Ennasri connus pour être des prédicateurs radicaux.
Pour ce qui est des livres choisis et étudiés par l’Institut, nous trouvons une liste bien fournie :
– Théologie : Al-‘aqida At-tahawiyya de l’imam At-Tahawi.
– Droit : Al Rissala d’Al-Qayrawaani (première année). Bidayat al moujtahid wa nihayatou al-mouqtassid d’Ibnou Rochd (deuxième et troisième année).
– Méthodologie de l’exégèse : Ousoul at-tafsir d’Ibn Taymiyya.
– Fondement du droit : Miftah al-wousoul ila ‘ilm al-ousoul d’At-Tlemssani.
– Vie et œuvre du Prophète : Le nectar cacheté d’Al-Moubarakfouri.
– Les finalités du droit: Maqasid ach-chari’a bi ab’adin jadida du Dr Abdel-Majid An-najjar.

Une autre matière est bien évidemment étudiée avec grande importance étant donné qu’elle détermine la Constitution de chaque musulman : Introduction à la Chari’a, dont la bibliographie est fournie à l’étudiant, et peut-être approfondie s’il le désire par un professeur.

Mais…

En revanche, beaucoup de critiques sont faites concernant les conditions de vie au sein de l’Institut. En effet, que ce soit les salles de cours où les chambres, les conditions sont bien plus que médiocres et difficilement vivables (coupure constante du chauffage en plein hiver…).
De plus, la mixité semble gêner certains étudiants qui ont du mal à faire cours avec le sexe opposé. D’aucuns accusent par ailleurs l’Institut de répandre une morale extrêmiste, radicale et conforme à la pensée des Frères musulmans.

Beaucoup de jeunes abandonnent l’idée de devenir imam et ne restent qu’une année ou deux après avoir étudié le Coran en façade…