L’UOIF, l’union fait la force

UOIF
Par Ariane S.

 

L’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), voit le jour en 1983 à Vandœuvre-les-Nancy, en Meurthe-et-Moselle dans les locaux de l’Association des musulmans de France (AMF). Au moment de sa création, elle se nomme « Union des organisations islamiques en France » et change son nom en « de » France en 1990 pour des raisons socio-politiques. C’est une association type loi 1901, créée par Ahmed Mahmoud (né le 5 mars 1947 en Egypte), Mahmoud Zouhair (né le 1er juillet 1952 en Irak) tous deux élèves-ingénieurs, et Mohamed Khaldoun Bacha (né en 1955 en Syrie), étudiant en médecine à Besançon.
Ils sont respectivement président de l’Association des musulmans de France, de l’Association islamique de l’Est de la France (AIEF) et du Centre culturel islamique de Franche-Comté (CCIFC).

De ce fait, l’UOIF avait à l’origine une image d’organisation de musulmans nés et ayant vécu longtemps dans leurs pays d’origine plus que de musulmans de France qui fréquenteront plutôt le réseau de Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans.

Notons que la création de l’UOIF est rendue possible par la libéralisation de la loi sur les associations étrangères installées sur le sol français qui, à partir de 1982, a créé les conditions de la multiplication des associations de type identitaire.

A sa naissance, l’UOIF ne représente que six à sept associations relativement petites dont, outre celles qui viennent d’être citées, l’AMAM, le GIF et la Ligue socio-culturelle islamique à Lille. Le président de cette dernière, le cardiologue syrien Mohamed Jammal, est connu pour son rôle au sein des Avant-Gardes islamiques, la fraction activiste de la branche syrienne des Frères Musulmans. Il deviendra en juillet 1985, le trésorier de l’UOIF.

Le 28 octobre 1983, deux Tunisiens : Ahmed Jaballah, d’Antony en banlieue parisienne, frère du président du Groupement islamique en France et Abdallah Ben Mansour, membre fondateur et chef de file du GIF à sa création – à l’époque, il est le principal animateur du Rang Islamique en France – prennent les commandes de l’Union des organisations islamiques en France, respectivement en qualité de président et de secrétaire général. Cela correspond au transfert du siège de l’UOIF de Nancy à Amiens et à l’accentuation de son caractère cosmopolite.

En 1993, l’UOIF passe aux mains des Marocains. Ben Mansour est démissionné de son poste de Secrétaire Général de l’UOIF et réduit à l’état de simple militant. Il est remplacé par Lhaj Thami Breze (né en 1957 au Maroc) qui devient Président. Zouhair est également déchu de son poste et doit se contenter de sa position à l’institut européen des sciences humaines (IESH), une « université » créée par l’UOIF dans un château du Nivernais et dont la mission est de former des imams. Il est remplacé lui aussi par un marocain, Fouad Alaoui (né en 1961 au Maroc) qui devient Secrétaire Général de l’UOIF.

De la gestion provocatrice de Ben Mansour, on passe à la méthode plus subtile d’Alaoui. Les buts demeurent, seule la méthode change.
Le 2 juin 2013, après 20 ans à la tête de l’UOIF, Ahmed Jaballah est remplacé par un autre Marocain, Amar Lasfar (recteur de la mosquée de Lille) né en 1960 au Maroc.

Quels sont les Objectifs de l’UOIF ?

Officiellement, les objectifs de l’UOIF sont d’aider à répondre aux besoins cultuels, culturels, éducatifs, sociaux et humanitaires des musulmans de France.
Si l’UOIF s’est progressivement imposée comme la principale interlocutrice des pouvoirs publics en matière de culte de gestion courante des « affaires musulmanes » et elle suscite aujourd’hui beaucoup d’interrogations.
De fait, “L’UOIF est une émanation française de l’idéologie des Frères musulmans, qui se fonde sur l’idée de l’islam comme système englobant tous les aspects de la vie, profanes comme sacrés”, explique Samir Amghar, chercheur en sociologie à l’EHESS .

De plus, il y a une tradition du secret, voire du double discours, entretenue à l’UOIF dès sa création. «Elle existe dès la fondation de l’organisation en France, explique Bernard Godard, un des meilleurs experts sur l’islam en France. Les dirigeants de l’organisation ont toujours eu peur d’être assimilés aux partis islamistes.»

Cependant, les dirigeants de l’UOIF ont des objectifs clairs et une stratégie dite de conquête par nombre experts avec des visées politiques en direction des pays arabo-musulmans. Dès sa création, l’UOIF a voulu faire de la France une base arrière : un lieu où des militants islamistes pouvaient trouver refuge et où l’on essaie de modifier le regard que porte l’opinion publique sur leurs pays d’origine. Mais l’UOIF prétend surtout mettre au pas les musulmans de France» ,

Si à l’origine, l’association regroupait une quinzaine d’associations. Elle en compte aujourd’hui 250 et clairement a acquis une place de force et une influence majeure sur les musulmans en France avec 40 lieux de cultes affiliés supplémentaires par an et 450 mosquées affiliées en 2012.

Notons, que l’UOIF a les deux écoles d’imams les plus fréquentées en France, l’IESH à Saint-Léger-du-Fougeret et sa nouvelle antenne à La Courneuve. Malgré les enseignements basés sur ceux du cheikh Al-Qaradawi interdit de séjour, qui y a donné souvent des « master-class » aucun gouvernement n’a à ce jour tenté de fermer ou de freiner ces centres islamistes.
A moyen et long terme il suffit de regarder la courbe de progression de l’UOIF dans le paysage islamique français pour comprendre que rien ne limitera sa trajectoire.
1 http://www.liberation.fr/societe/2015/04/06/amar-lasfar-un-fin-politique_1235998
Reference: [http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/la-face-cachee-de-l-uoif_486103.html#0OpfHrbizsvFeIL4.99]
2 [http://quoi.info/actualite-societe/2012/04/05/congres-au-bourget-qui-sont-les-musulmans-de-luoif-1134383/]
3 VENNER Fiametta, entretien avec Jacqueline Remy et Boris Thiolay, «La face cachée de l’UOIF», L’Express, 2 mai 2005. Cf. aussi son ouvrage : OPA sur l’islam de France. Les ambitions de l’UOIF, Paris, Calman-Lévy, 2005. [www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=COME_057_0083#no88]