D’Al-Banna à l’EI, un pas et quelques prêches

hassan al banna
Par Ariane S.

“Que l’UOIF mette à bas toute velléité politique et idéologique pour se contenter de son pré carré”.

Dans une tribune sur Le Monde, Michaël Prazan, écrivain et réalisateur français spécialiste des Frères musulmans et auteur de “La Confrérie, enquête sur les Frères musulmans”, nous explique brillamment le lien entre le jihadisme et l’UOIF (l’Union des organisations islamiques de France).

 

C’est en partant du concept de “barbarie”, largement attribué aux évènements de 2015 en France que Prazan nous démontre la nécessité pour une des institutions les plus radicales de France, et pourtant des plus reconnues, d’abandonner son idéologie hégémonique et salafiste.

 

Deux têtes de l’hydre, le salafisme et les Frères musulmans appartiennent d’une même branche de l’islam radical, descendants rivaux du wahhabisme.

 

Pour résumer en quelques mots cet imbroglio idéologique que constitue le sunnisme et ses multiples branches, voici quelques pistes: l’un prône l’orthodoxie pure, le retour à une lecture rigoriste du texte sacré et l’application littéraliste des préceptes islamiques. Le salafisme comprend un courant quiétiste et un autre révolutionaire (takfiriste) et vise l’instauration par la force d’un Etat chariatique.

 

Le second – les Frères musulmans (UOIF en France) – y ajoute une dimension de stratégie de conquête politique de la terre d’accueil, et l’idéal à long terme d’imposer par la voie douce la loi d’Allah à l’ensemble de la population sous couvert d’un républicanisme feinté.

 

Les jihadistes sont les plus impatients d’entre eux, les plus “excités” aussi.

Tous, pourtant, infèrent des actes “barbares”, dans son sens étymologique grec, comme le souligne Prazan.

Les “barbares”, sont ceux qui proclament “nous ne parlons pas votre langue”.

“Le barbare est celui qui n’est pas Grec, autrement dit celui qui est étranger à la civilisation parce qu’il ne parle pas le grec, parce qu’il ne parle pas la langue de la civilisation”, soit celui qui ne peut être compris, démontré par le massacre du 13 novembre dernier.

 

Les jihadistes – comme le souligne d’ailleurs la publication traduite en français de l’Etat islamique intitulée “Dar al-islam” – préfèrent la mort à la vie et le “Paradis” à la vie au monde profane.
Non content d’appliquer eux-même une telle idéologie nihiliste, ils haïssent et se vengent de ceux qui ne s’y plient pas.

 

Or comme le souligne très justement Prazan, le changement de paradigme de l’islam sunnite vers la logique du martyr et d’une communauté fermée de musulmans qui se disent “parias” du monde mécréant, infidèle qu’il faut “croiser” ne date pas du 29 juin 2014, lorsque le calife de l’EI a proclamé l’ère de son règne.

 

Non, Al-Baghadi n’a rien inventé, il n’est que l’ersatz, le larron d’Hassan al-Banna, d’un changement théorisé dans les années 1920 en Egypte, sous la plume d’al-Banna, le père fondateur et incontesté de la confrérie. C’est l’initiateur d’une rupture véritable avec l’Occident et entre autre le soufisme, aile de l’islam modéré qui prone l’amour du prochain.

 

La haine de l’infidèle non-musulman, c’est bien lui qui l’a instituée, et mise en pratique dans le monde musulman. Son représentant français, l’UOIF, est un fier soutien à cette mentalité de haine anti-occidentale, qu’elle transmet à ses jeunes recrues via ses écoles privées musulmanes, nous ne citerons là que le lycée Averroès de Lille, tristement réputé pour ses dérives antisémites et violemment anti-républicaines (comme ce fut le cas après les attentats de Charlie Hebdo). Opposés à la loi d’interdiction du port du voile de 2004, et partisan d’une charia collective, ils sont aussi des fervents admirateurs du Hamas et des attentats-suicide. Les belles paroles de Youssouf al-Qaradawi, leur prédicateur star, sont d’ailleurs édifiantes à ce sujet. Homophobe, antisémite, anti-chiite, pro-charia, il prépare le terrain aux terroristes.

 

Prazan cite par ailleurs Tareq Oubrou, l’imam de Bordeaux de l’UOIF, dont la stratégie très fine a consisté à se reprendre et à adopter un islam propre sous toute couture, dès lors que le fond de sa pensée a fait mugir les autorités.

 

Il se trouve aujourd’hui que l’UOIF est devenu l’organisme de référence en France, tendant à avaler le Conseil Français du Culte musulman, plus modéré, et s’impose comme la seule instance de dialogue existante.

Petit bémol à souligner dans ce beau texte publié sur le Monde: on aurait aimé qu’il insiste sur le fait que ces “barbares” de jihadistes sont censés parler notre langue, éduqués et ayant grandi dans la République. Le problème n’est donc pas uniquement à l’intérieur de l’islam, mais aussi du côté de la France, qui a trop longtemps fermé les yeux et continue d’engendrer des monstres en collaborant avec des institutions présumément “républicaines”.

 

Enfin, Prazan recommande à UOIF de devenir les vrais représentants pour l’islam de France qu’elle devrait être, alors qu’elle n’est jusqu’ici qu’un vecteur de radicalisation. La vraie solution étant dans l’exclusion du “conglomérat associatif” de l’UOIF du giron institutionnel.