Opinion: Votre tolérance nous tuera

bataclan

« Tolérance » ou ce que vous nommez ainsi, n’est rien de plus qu’un combo de peur et d’hypocrisie. A peine avons-nous eu le temps d’enterrer nos morts, de nettoyer les tâches sombres du sang de notre République sur les pavés parisiens que déjà la parade des « pas d’amalgames » fait fureur dans les rangs des Français. Mélange de bien-pensance soixante-huitarde, de culpabilité d’ex-colonisateur, de peur de l’oriental et de collaborationnisme des années Pétain, qui empêtre la France dans ses travers les plus liberticides.

 

« Même pas peur », « non au terrorisme », « Nous serons debout », « le terrorisme n’est pas l’islam », « l’islam est une religion de paix », peut-on lire dès le lendemain du massacre qui a fait à cette heure 129 morts et quelque 300 blessés dans les colonnes de la presse française.

 

Plongée au coeur d’une autoflagellation assumée.

 

Masochisme moralisateur

 

“Vite, empressons-nous d’être humanistes”, chuchotons-nous dans nos rangs.

“C’est nous, tout est de notre faute, nous avons créé nos monstres, nous le méritons”. “Une enfance malheureuse, une exclusion endémique: l’histoire de ces jeunes égarées, nous l’avons forgée”.

 

Puis l’on en vient à se tirer à boulet rouge les uns sur les autres, on s’accuse, on condamne les écarts de chacun sur ce sujet que nous n’osons pas nommer : « l’islam ».

 

Dans une tribune pour Le Point, Claire Gallois, romancière et femme de lettres, écrit de la sorte : « Nous ne sommes pas totalement innocents dans ce désastre et ces meurtres. Il y a peut-être bien longtemps que nous les préparons au nom d’une prétendue supériorité culturelle, d’une menée politique internationale qui ne s’est jamais embarrassée du respect des droits de l’homme. La première intervention en Irak, sans objectifs très clairs, sans moyens, avait favorisé la montée de l’islamisme ».

 

Madame Gallois, notre seul péché est de vouloir imposer la démocratie, que vous nommez « supériorité culturelle », dans des pays qui n’en connaissent pas la définition. La montée de l’islamisme est inhérente à l’islam, même si – nous ne pouvons le nier – le chaos favorisé par l’interventionnisme américain au Moyen-Orient a créé un terrain fertile à l’épanouissement de cet islamisme.

 

Et de poursuivre: « L’exclusion est partout. Essayez d’envoyer votre CV pour un poste à pourvoir dans une entreprise en donnant votre adresse à Clichy-sous-Bois… Le communautarisme ne cesse de grandir. Normal. On se renferme entre soi quand les autres vous dédaignent. Et qui sait si nos 2 000 djihadistes en puissance n’auraient pu devenir les meilleurs citoyens ? S’ils se sont laissé embrigader, robotiser, fanatiser, c’est peut-être que dans leur ignorance, leur détresse, on leur a offert l’occasion d’une transcendance que rien, dans notre société, ne leur apportait », poursuit Claire Gallois.

 

Non, Madame Gallois, le terrorisme ne naît pas uniquement de notre retrait des banlieues. Il naît d’un opium du peuple, d’une frange de ce peuple qui en a trop pris, de cet opium.

 

Nous avons péché, sans nul doute, mais pas là où vous l’indiquez. Nous avons péché de fermer les yeux sur un mal qui n’a fait que germer dans nos mosquées, dans nos villes, dans nos rues. Nous avons péché de trop d’humanisme et de laissez-faire. Nous avons péché de nous haïr nous-mêmes. Nos musulmans de France, ceux que nous devons élever en parangon, ont été négligés par le spectre de l’islamophobie qui a brouillé nos pistes. Affirmer haut et fort que l’islam, appliqué à la lettre, n’est pas une religion qui pousse à l’amour du laïc, du profane, du voisin « infidèle », n’est pas de l’islamophobie. Défendre les lois de la République face à celles de la charia n’est pas non plus un excès d’une poignée de laïcards dégénérés, mais bien une résistance face à un désir de conquête revendiqué dans les rangs de l’islam radical.

 

On ne parle pas ici de race, non, on parle d’un livre qui délivre bien un message de conquête, et de ses lecteurs, qui ont tendance à vouloir l’appliquer.

 

Souvenez-vous des paroles d’un des fondateurs de cet organisme soit-disant républicain qu’est l’UOIF, Ahmed Jaballah, qui décrivait les différentes phases de conquêtes de l’occident en cours : « L’UOIF est une fusée à deux étages. Le premier étage est démocratique, le second mettra en orbite une société islamique. »

Cet homme n’est pourtant pas, en apparence ni dans ses mots, un djihadiste renommé.

 

La France de la tolérance

« Comme à Charlie Hebdo, on a voulu atteindre des Français tolérants. C’est bien la tolérance qu’on vise autant que la France. Dans ces conditions, l’erreur cardinale serait de devenir intolérant soi-même. Le discours de la fermeture, de plus en plus bruyant, ne rendra pas justice à des victimes qui vivaient quotidiennement dans des valeurs d’ouverture », a écrit le rédacteur en chef du journal Libération le 16 novembre, deux jours après le massacre.

 

Deux jours ont à peine eu le temps de s’écouler que l’on se blâme déjà, et que certains se permettent de montrer du doigt, les mauvais français qui expriment leur crainte au grand jour.

 

Nul le pourra le contester, ce qui a touché la France aujourd’hui, c’est son amour pour la Liberté. Mais son point faible – sa capacité à fermer les yeux et à aimer son « prochain » musulman, avec cette culpabilité d’ancien colon –  lui en coute et lui en coutera toujours.

 

Parfois, les causes de la maladie ne sont pas à chercher uniquement en nous. Parfois, il ne faut pas renoncer à nos valeurs de liberté, de peur de froisser certains.

Cessons un peu de clamer que l’islamisme n’a aucun rapport avec l’islam.
Ce qui tirera profit aux musulmans modérés n’est pas de dire que les djihadistes ne savent pas lire le Coran, mais bien au contraire d’admettre que leur islam à eux – aux musulmans français – est réformé, et qu’une prise de distance avec le texte est nécessaire pour s’intégrer en République.

 

Ariane Savestre