Où sont les sœurs musulmanes ?

Hela Khomsi
Par Inès M.

 

Certaines questions révèlent de manière irréfutable la nature d’une idéologie.

Ainsi le traitement des minorités met bien souvent bas les masques de mouvements qui n’ont de modéré que l’étiquette qu’ils souhaitent se donner. Qu’en est-il des femmes dans l’idéologie des Frères musulmans et de leur pendant français l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) ? Ont-elles une place dans un mouvement dont le nom même, de genre masculin, semble exclure toute mixité ?

 

Commençons par examiner les sources idéologiques du mouvement dans les écrits de son fondateur Hassan al-Banna. Dans son ouvrage « Cinq tracts », il note que la société idéale inclurait « une campagne contre les tenues ostentatoires et les comportements laxistes […] une ségrégation entre les étudiants hommes et femmes […] les rencontres privées entre hommes et femmes, si elles ne relèvent pas d’une relation proche et permise, devraient être considérées comme un crime pour lequel tous deux seraient punis […] l’interdiction de danser et d’autres passe-temps. »

 

Dans la même veine, Youssouf al-Qaradawi, père spirituel des Frères musulmans, a des prises de position pour le moins éclairantes sur les droits des femmes. Ainsi, il a publié une fatwa (hébergée sur le site internet des Frères musulmans Islam Online) argumentant que la « circoncision féminine est bonne pour la santé des femmes puisqu’elle rehausse les relations conjugales avec leurs maris ». Si « elle n’est pas obligatoire […] quiconque trouve que la circoncision est bénéfique pour ses filles devrait y avoir recours, et je soutiens personnellement ce type d’initiatives […]. » Mais Youssouf al-Qaradawi n’en reste pas là ; il justifie également les violences conjugales : « l’islam n’incite pas à battre les femmes, mais cela est nécessaire dans certaines circonstances pour un certain type de femmes, et dans certaines limites ».

 

Plus récemment, en 2013, les Frères musulmans égyptiens ont rejeté avec fermeté une déclaration de l’ONU appelant à mettre fin aux violences faites aux femmes. La déclaration en question ne portait pourtant que sur des droits basiques comme celui pour une femme de choisir son époux, de voyager ou de prendre une contraception sans autorisation préalable de son mari. Elle mentionnait également le droit pour les femmes de demander le divorce. Cette initiative des Nations Unies a été reçue par les Frères musulmans comme une déclaration qui entrainerait « la désintégration de la société » si par malchance elle était ratifiée…

 

Hassan al-Banna et ses héritiers spirituels Youssouf al-Qaradawi et les Frères musulmans égyptiens ont le mérite d’être clairs et limpides dans leur rejet du principe d’égalité des sexes. C’est une chose que l’UOIF ne peut ne pas toujours se permettre étant tout de même implantée dans une grande démocratie occidentale, la France. Qu’en est-il donc de la position de l’UOIF sur l’égalité hommes – femmes?
Bien que moins virulents, prudence oblige, les prédicateurs de l’UOIF n’en restent pas moins opposés à la mixité dans tous ses aspects – y compris sur le Web. Ainsi, un prédicateur bien connu de l’UOIF, Hassan Iquioussen déclaré sur ce sujet : «Tu crois que tu es seul avec elle, parce que c’est un dialogue à 500 kilomètres de distance, mais en réalité vous êtes trois: vous deux et le diable.» Enfin, l’UOIF soutient financièrement les avocats des jeunes filles voilées qui attaquent en justice l’Etat français pour pouvoir porter le voile à l’école.

 

Les déclarations Tariq Ramadan sur le droit des femmes, sont également révélatrices. Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, est souvent présenté comme un musulman réformiste. En ce qui concerne le droit des femmes, on peut légitiment se demander si la « réforme » qu’il prône consiste à revenir au temps du califat… Tariq Ramadan cite en effet l’Iran comme le pays musulman le plus en avance sur le droit des femmes [ndlr l’Iran est classé au 141eme rang mondial sur 145 pays en termes de droits de la femme selon le Forum économique mondial], et justifie la polygamie. Tout ceci ne l’empêchant malheureusement pas d’être l’invité de nombreux plateaux télévisés français qui le présentent comme un « réformateur » de la pensée islamique … Tout se passe comme si les intellectuels, journalistes, et politiciens avaient tellement envie de voir advenir la réforme tant attendue de l’islam … qu’ils la voient également là où elle n’existe pas. Un phénomène connu sous le nom de rêve éveillé, ce qui pour être clair, n’est rien d’autre qu’une hallucination.

 

Arrêtons donc de rêver ou de noyer les déclarations des Frères musulmans dans une différence culturelle qui justifierait tout. Appelons un chat un chat et les Frères musulmans des misogynes.

 

Inès Maurier