Opinion: un peu, beaucoup, aveuglément….

Institut du monde arabeInstitut du monde arabe
Par Inès M.

 

Dimanche 20 novembre s’est tenu à l’Institut du monde arabe le premier « Rassemblement citoyen des musulmans de France », sous l’égide du Conseil français du culte musulman (CFCM).

 

Cette initiative, louée dans la presse – et à juste titre-, est la première condamnation du terrorisme portée par l’ensemble des organisations islamiques de France, d’une voix unie.
Une telle condamnation est évidemment la bienvenue : elle rassure sur le caractère pacifique de l’islam authentique, elle calme, apaise les cartésiens que nous sommes : l’islam de France est républicain et les extrémistes en son sein ne sont que les fruits inévitables de la bêtise humaine. Tout cela met du baume à nos cœurs angoissés, blessés par l’indicible cruauté des attentats terroristes du 13 novembre.

 

Sauf que … bien que doux à l’oreille de tout citoyen pacifique le slogan « islam, religion de paix » ne convainc pas ou plus. Répété ad nauseam par les institutions de l’islam officiel, il fait penser à la fameuse formule de Tartuffe « couvrez ce sein que je ne saurais voir » car c’est bien au sein de l’islam prétendument pacifique que prolifère le terrorisme. Alors oui « évitons les amalgames », bien sûr tout musulman n’est pas un islamiste en puissance, et loin s’en faut… mais refusons également les formules de « prêt à penser » qui empêchent une véritable réflexion sur les racines du mal qui phagocyte l’islam contemporain.

 

Et j’en reviens au Rassemblement citoyen des musulmans de France qui fournit un exemple flagrant de l’ambiguïté dérangeante de l’islam institutionnel. Malgré la bonne volonté affichée, et surement bien réelle pour une grande partie des participants, de condamner le terrorisme, il y a là quelques fausses notes, et j’aimerais m’attarder sur l’une d’entre elles : la présence d’Amar Lasfar, président de l’UOIF à ce rassemblement.

 

L’UOIF est l’union des organisations islamiques de France, apparentée à l’organisation mondiale des Frères Musulmans. Et là, le bât blesse, parce que l’affiliation aux Frères musulmans jette d’ores et déjà le discrédit sur la condamnation affichée du terrorisme… Ne l’oublions pas cette organisation panislamiste qui rejette officiellement la démocratie, la laïcité, et la mixité, se trouve bien souvent à l’origine d’une terreur exercée à l’endroit de ses propres coreligionnaires, et de minorités non musulmanes. Prenons, parmi d’autres, l’exemple récent de l‘Egypte de Morsi où les Frères musulmans ont incité la foule à brûler plus de 40 églises coptes. Les Frères musulmans sont d’ailleurs considérés comme une organisation terroriste par l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, le Kazakhstan, et la Russie.

 

Certains argumenteront que la branche française des Frères musulmans serait plus modérée que ces contreparties moyennes orientales. Après tout, ne sommes-nous pas dans la patrie des Lumières et du rationalisme ? Cela serait bien rassurant encore une fois, mais tel ne semble pas être le cas, en voici quelques illustrations.

 

Concernant les valeurs démocratiques : à ses débuts, alors que l’UOIF n’était qu’une petite organisation, loin des quelques 250 institutions qu’elle chapeaute aujourd’hui, un de ses représentants, Ahmed Jaballah a défini la visée de l’organisation française des Frères musulmans de la sorte : « L’UOIF est une fusée à deux étages. Le premier étage est démocratique, le second mettra en orbite une société islamique ».

 

Concernant la laïcité : Pour les Frères musulmans, la suprématie de la législation islamique sur toute loi positive est non négociable. A cet égard, il suffit de lire le mot d’ordre de la Confrérie: “Dieu est notre objectif. Le Prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi. Le djihad est notre voie”.

 

Enfin concernant l’égalité hommes – femmes : Youssouf al Qaradhaoui , chef spirituel de l’UOIF, écrit que le mari, s’il fait face à une épouse “rebelle”, peut tout à fait la frapper en dernier recours, ajoutant même que certaines épouses y prendraient plaisir, alors que d’autres reconnaitraient la justesse de la punition qui leur est imposée.
Alors quand Amar Lasfar, président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), prend parole au Rassemblement citoyen des musulmans et déclare que « grâce au travail de nos imams et de nos 2500 mosquées, nous avons immunisé contre l’extrémisme des dizaines de milliers d’autres jeunes musulmans! », nous restons pour le moins sceptiques.

 

Le lundi 9 février 2015, sur Europe 1, le Premier ministre Manuel Valls avait pourtant appelé à “combattre le discours des Frères musulmans”… le combat se fait-il en envoyant le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve serrer la main de leur représentant ?
Il est temps d’arrêter avec l’aveuglement volontaire et l’ambiguïté : la dissolution d’organisations extrémistes telles que les Frères musulmans est impérative pour protéger les valeurs démocratiques qu’elle bafoue, plus ou moins ouvertement, jouant avec dextérité de nos scrupules démocratiques.

 

Inès Maurier