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Royaume-Uni : « Les activités des Frères musulmans menacent la sécurité nationale »
Muslim Brotherhood

Une commission sur la confrérie commandée par David Cameron met en lumière les dangers de son idéologie

Après plus de 50 ans de silence et de complaisance aveugle, la Grande-Bretagne semble avoir pris la mesure de la menace afin de déraciner toute forme de fondamentalisme du pays. En s’attaquant à sa source.

En avril 2014, le Premier ministre David Cameron a commissionné l’ancien ambassadeur britannique à Riyad, John Jenkins et le directeur général du Bureau pour la sécurité et le contre-terrorisme, Charles Farr, d’enquêter sur les activités, l’histoire, l’idéologie et l’influence des Frères musulmans et « de leurs réseaux affiliés ». Rencontrant politiciens, leaders religieux et chefs de mouvements dans 12 pays différents, Farr et Jenkins ont pu dresser un tableau complet de la situation.

Reconnaissant de facto la Muslim association of Britain (MAB), la New Islamic Society of Britain (ISB) ou encore le Muslim Council of Britain (MCB), comme des avatars déclinés d’un même mouvement né en Egypte, Cameron prend la mesure de la menace afin d’endiguer les racines idéologiques et les réseaux tentaculaires d’un islamisme confiant que Cameron qualifie lui-même d’ « opaque et secret ».
L’étude aurait dû être publiée en juillet-août 2014, mais des pressions multiples de la part de lobbies musulmans ont retardé sa diffusion jusqu’au 17 décembre 2015.

 

Un rapport édifiant

 

Le contexte, d’une part, est des plus propices à ce type d’étude. La montée en puissance du fondamentalisme, quasi accepté par les organisations islamiques, lentes à condamner et à se distancier des actes de terrorisme, est un terreau fertile à ces questionnements. Mais également, selon Cameron, des « allégations de violence alimentée par les représentants des Frères musulmans ont fait surface ».
Cameron le décrit en ces mots : « j’ai demandé cette commission afin d’améliorer notre connaissance des Frères musulmans et établir si les activités, l’idéologie des Frères musulmans ou de leurs groupes affiliés met en danger, affecte ou risque d’affecter les intérêts nationaux de la Grande-Bretagne. »

Les conclusions de l’enquête ont amené la Chambre des communes à envisager de rudes mesures à l’égard des Frères musulmans, que nous survolerons plus loin. Toutefois, Cameron souligne dès l’introduction au rapport, que « les textes fondamentaux appellent à l’unification finale autour de la sharia dans le cadre d’un califat », caractérisant les sociétés occidentales comme « décadentes et immorales ».
Les termes de l’enquête de 4 mois, sans équivoque, ne devraient-ils pas amener la France à se poser les mêmes questionnements et à évaluer les dangers ? Ce type de commission ne pourrait-il pas s’exporter à la France, voire à toute l’Europe ?
Voici en quelques mots un résumé du rapport en 39 points, établi d’avril à juillet 2014.

 
Une base idéologique douteuse…

 

Après un rapide rappel de la naissance du mouvement des Frères musulmans sous la plume d’Hassan al Banna en Egypte en 1928, et ses aléas en Egypte (ses dissolutions par Nasser puis sa réhabilitation légale par Sadate), le rapport décrit la structure du mouvement et son idéologie, très puissamment anti-occidentale, et accusant l’occidentalisation d’être la base du problème des musulmans du monde. Al-Banna a remis au cœur de l’islam l’individualité, la purification personnelle de chaque musulman, et l’union politique pour lutter contre les adversaires de l’islam. Sa lecture rigoriste du Coran s’identifie à celle des salafistes et des takfiristes (djihadistes).
Pour parvenir à ses fins, qui sont l’unification de l’islam dans un califat gouverné par la loi islamique, l’organisation se dote d’un réseau large, sophistiqué, clandestin, constitué d’entreprises, d’écoles, d’associations et de mosquées. Sa structure hiérarchique, secrète et centralisée, a étendu ses bras à travers le monde, et ne jure que par le Guide Suprême égyptien, leader spirituel de l’organisation internationale.

 
L’idéologie d’Al-Banna est loin d’être pacifiste, acceptant l’usage de la violence et les attaques terroristes pour conquérir le pouvoir en Egypte. Un de ses confrères, le prédicateur et idéologue Sayyid Qutb, né des Frères musulmans, s’est lié au mouvement islamiste indo-pakistanais Jamaat-e-islami et de leur théoricien Abul Ala’a Mawdudi. Qutb est le père du mouvement takfiriste, qui prône la violence et l’usage de la terreur pour remporter la victoire ultime : une société islamique parfaite (16, 2). « Le jihad n’est selon eux ni uniquement spirituel, ni défensif », souligne le rapport, mais au contraire légitime et « inévitable ». Le takfirisme a donné naissance à Al-Qaïda, mais à bien d’autres organisations terroristes. Qutb a été assassiné en Egypte en 1966, mais de nombreux membres de la Confrérie en Europe se disent encore ses disciples.

 

…Incompatible avec les valeurs occidentales

 

L’expérience au pouvoir du parti de « la liberté et de la Justice » en Egypte, sous le président déchu Mohammed Morsi, a confirmé les velléités de conquête islamiste du pouvoir par la Confrérie.
En effet, « les Frères musulmans égyptiens n’ont pas fait assez pour démontrer leur modération politique ni leur engagement aux valeurs démocratiques », a conclu Sir John dans l’article 11. L’organisation est d’ailleurs considérée comme terroriste par l’Arabie Saoudite.
Le Hamas, l’organisation sunnite qui occupe la bande de Gaza, et désignée comme terroriste par Israël, les Etats-Unis et l’Union européenne. C’est pourtant une des créations des Frères musulmans dans les années 1980.

Les membres européens des FM condamnent à demi-mot les activités d’al-Qaïda, mais qualifient les attentats-suicide perpétrés par le Hamas de « bravoure » et d’actes de martyrs, louant donc la mort de civils. Les membres de la Confrérie en GB utilisent un vocable virulent, et foncièrement antisémite, justifiant aussi les attaques terroristes contre les forces de la coalition en Irak, Afghanistan.
D’aucuns ont également déclaré que le 11 septembre était une invention des Etats-Unis, des propos complotistes qui ont fait leur chemin et conquis les esprits. La soi-disant « guerre contre le terrorisme n’est qu’une excuse pour s’attaquer aux musulmans. » (16, 6).
Si les FM ont pour le moment choisi la voie « soft » et politique, « ils sont prêts à donner le feu vert à la violence, incluant parfois le terrorisme, lorsque le gradualisme est inefficace » (17).
Ces vues, et ces qualifications de «mécréants, infidèles », concernant tout non-musulman ou musulman non pratiquant, ne sont pas compatibles avec les « intérêts nationaux » du Royaume-Uni, affirme Cameron.
Certains d’entre eux prônent la peine de mort pour les homosexuels (comme le président d’Interpal), et diffusent un discours purement anti-démocratique, glorifiant la « victoire » de l’islam contre le communisme, capitalisme et la démocratie (35).
Sir John note, quant à lui, que ces résultats prouvent clairement que les FM ne sont pas « engagés dans des moyens pacifiques d’opposition, renonçant à la violence », comme ils ont tendance à l’affirmer.
« Les aspects de l’idéologie et des tactiques des Frères musulmans, dans ce pays et ailleurs, sont contraires à nos valeurs, à nos intérêts nationaux et à notre sécurité nationale » (39), conclut le rapport.

 
Un réseau bien ficelé en GB

 

Depuis les années 50, les Frères musulmans ont développé un réseau international à travers le monde islamique, mais aussi en Europe, soutenus financièrement par le Golfe. Leur action vise à établir un réseau international fort, pour défendre les intérêts musulmans en terre non-islamique, et promouvoir la ligne de pensée des Frères musulmans.
Au Royaume-Uni, des organisations dépendant du mouvement se sont installées il y a 50 ans, œuvrant en collaboration avec leurs partenaires en Asie du Sud, et défendant les idées de Jama’at-e-Islami. Evitant d’abord tout engagement social et politique (considéré comme corrompu), ils se sont concentrés sur le recrutement et la formation des futures générations de musulmans (21). C’est dans les années 80-90 qu’ils ont changé de direction et pris la voie de l’engagement dans les pays occidentaux. Rassemblant salafistes, takfiristes et autres mouvements sunnites autour des problématiques irakiennes et palestiniennes, ils sont parvenus à grandir, en promouvant l’esprit des FM et préservant l’autonomie des communautés musulmanes en Grande-Bretagne. Dans les années 90, les premières organisations locales ont vu le jour, dont la New Islamic Society of Britain, dominant la Muslim association of Britain et le Muslim Council of Britain, chargé du dialogue avec le gouvernement. Ces organismes dirigent la majorité des mosquées en GB.
En 2009, le gouvernement a coupé tout contact avec le MCB, après la signature d’un appel à la violence contre tout pays soutenant un blocus des armes contre Gaza.
Des centaines d’organisations sont nées en quelque temps, sous le sigle des FM, bien que nombreux sont ceux qui sont retournés dans leur pays d’origine pendant le printemps arabe pour lutter contre la démocratisation. Des mouvements de lobbying en GB ont soutenu à distance la conquête du pouvoir de Morsi et de ses frères, notamment ralliés sous le signe R4BIA et British Egyptians for Democracy.
De son côté, le MAB est moins actif et compte officiellement seulement 600 membres.
De surcroît, si le Hamas a été déclaré terroriste en 2001 en Grande-Bretagne, les FM ont poursuivi leur levée de fonds reversés à l’organisation terroriste – via notamment Interpal, un organisme de « charité » listé comme terroriste par les Etats-Unis, puis par le Royaume-Uni en 2003, pour ses liens avérés avec le Hamas.
Ces organisations qui propagent un narratif islamiste sont liées à de plus grandes organisations en Europe, comme le FOIE (Federation of islamic Organisation in Europe), établi par les Frères en 1989 (le pendant français est l’Union des organisations islamiques de France). Mais aussi au Conseil européen pour la Fatwa et la Recherche.

 

Objectifs et mesures : un exemple européen

 

Dans leur mission de construire un Etat conservateur et musulman en Europe, les Frères musulmans ont mis en place tout un système de contrôle de l’éducation, des mosquées, des associations, et de fonds.
Cameron, dans son introduction au rapport, propose un ensemble de mesures à mettre en place pour lutter contre la radicalisation et l’influence des Frères musulmans au Royaume-Uni. Il préconise de refuser les visas aux membres ou associés des FM soupçonnés de propos extrémistes, s’assurer que les organismes de « charités » ne servent à rien d’autre qu’à pallier la pauvreté dans la communauté, et ne servent pas les objectifs des FM, renforcer les liens avec les partenaires internationaux pour empêcher les flux illicites d’argent finançant le terrorisme, réaffirmer le gel européen de fonds au Hamas et, enfin, s’assurer que les organismes des FM soit blanchi de tout soupçon d’extrémisme ou de corruption.
Pour ce faire, Cameron suggère une coopération avec les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, afin de faciliter les échanges d’informations.
Cette étude très fournie permet d’élargir ses conclusions à toute l’Europe : n’est-il pas temps pour la France de prendre en compte la menace « interne » et peser les risques d’organismes à l’idéologie extrémiste sur son territoire ?

Devant le terrorisme qui l’a frappée en cette année 2015, vient le temps de la réflexion, puis de l’action.